Reconfinement, précarité étudiante et santé mentale : On fait le point

Nous traversons depuis près d’un an une crise sanitaire sans précédent, précarisant les étudiant-e-s encore plus qu’iels ne l’étaient auparavant, leur fermant les portes des universités sans solution viable et égalitaire entre tou-te-s, face à l’accès aux enseignements. Aujourd’hui, près d’un an après le début de la crise, les universités sont de nouveau fermées et la possibilité d’une réouverture avant la fin de l’année est très incertaine. Encore une fois, les étudiant-e-s ont dû passer leur partiels à distance – sans assurance que tou-te-s les étudiant-e-s aient accès au matériel et conditions nécessaires – ou parfois en présentiel – sans que les conditions sanitaires nécessaires ne soient mises en place. S’ajoute à ces conditions d’étude et d’examen chaotiques une précarité en constante augmentation depuis plusieurs années et que la crise sanitaire n’arrange en rien, obligeant les étudiant-e-s à vivre dans des conditions déplorables. En réponse : pas de réelles réponses de la part du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESRI), seules des aides dérisoires et ponctuelles, qui ne permettent en aucun cas de surpasser l’état de détresse psychologique et financier dans lesquels se trouvent les étudiant-e-s actuellement.

On fait le point : santé mentale et précarité étudiante.

La précarité étudiante n’est pas une nouveauté et elle ne date pas de la crise sanitaire. En effet, avant même la crise environ 20% (sur 2,7 millions) des étudiant-e-s vivaient sous le seuil de pauvreté. Ces derniers n’ont fait qu’amplifier cette situation : 74% des étudiant-e-s interrogé-e-s lors d’une enquête Ipsos ont estimé s’être trouvé-e-s en difficultés financières à la sortie du confinement, un tiers d’entre eux ont d’ailleurs dû renoncer aux soins pour cette raison. Cette hausse de la précarité s’explique par une augmentation du nombre d’étudiant-e-s qui se sont fait licencier de leurs emplois leur permettant de financer leurs études. De même, durant l’été, le nombre de jobs saisonniers a sensiblement chuté. Ainsi, beaucoup d’étudiant-e-s n’ont pu travailler sur cette période, généralement primordiale pour vivre durant l’année universitaire. Il faut bien évidemment ajouter à cela des aides sociales complètement déconnectées de la réalité des étudiant-e-s et qui sont donc largement insuffisantes. D’autant que depuis le début de la crise, très peu d’aides supplémentaires ont été mises en place, et lorsque ça a été le cas elles ne touchaient que trop peu d’étudiant-e-s et étaient en réalité dérisoire face aux réels besoins (doublement des montants des aides d’urgence du CROUS sans augmentation de moyens de mise en œuvre ou d’information, aide de 150€ liée à la CAF ou aux bourses, etc.). 

En plus de la précarité, les problèmes de santé mentale des étudiant-e-s augmentent aussi en cette période de crise sanitaire. Selon les données remontées par les services de santé universitaire, il y a eu une recrudescence du nombre de consultations psychologiques, pouvant aller jusqu’à 30% depuis le confinement. Cela témoigne d’une réelle détresse psychologique des étudiant-e-s. Sur les 73 000 étudiant-e-s de l’Université de Lille, la moitié souffre d’anxiété accrue et 30% à 40% sont en détresse psychologique (d’après une étude interne menée par La Voix du Nord). Le besoin d’accompagnement psychologique est énorme et alarmant. En France, on compte par exemple seulement un-e psychologue pour 30.000 étudiant-e-s (contre 1/1600 aux USA par exemple). Là encore, les moyens ne sont pas donnés aux universités et aux CROUS pour faire face à de tels besoins et les mesures ne sont que des effets d’annonce n’ayant aucun réels impacts pour l’amélioration des conditions de vie des étudiant-e-s. Par exemple, mi-décembre la Ministre de l’ESR a annoncé la création de soixante postes d’assistant-e-s sociaux-ales, ce qui correspond en réalité un poste pour 45.000 étudiant-e-s. Ces annonces viennent panser des fractures béantes, délester légèrement des services surchargés depuis des années, mais elles n’apportent pas de réponses concrètes aux conditions de vie et d’études désastreuses dans lesquelles évoluent les étudiant-e-s depuis des années et qui n’ont fait qu’empirer à cause de la crise sanitaire.

Incertitude et précarité : décrochage scolaire 

En cette période d’examen et face à ce contexte catastrophique, la réponse qui vient en tête aux étudiant-e-s face à tant d’incertitude, de flou, de précarité et parfois de solitude, c’est le décrochage scolaire. Les décrochages suite aux partiels du premiers semestre sont fréquents, mais ils ont connu une augmentation cette année en lien avec la crise sanitaire et le flou en termes d’organisation autour des partiels. La question de la rupture numérique est aussi à prendre en compte : les étudiant-e-s n’ayant pas le matériel et/ou la connexion nécessaire pour suivre les cours et les partiels. Cette période d’examen a été source d’énormément de stress et d’anxiété pour la majeure partie des étudiant-e-s qui se retrouvaient complètement perdu-e-s, et beaucoup ont pris ou prendront la décision d’arrêter leurs études car c’est financièrement et psychologiquement des rythmes impossibles à tenir. Face à une telle détresse, la réponse du MESRI est pourtant inexistante : le gouvernement ignore la question et méprise une fois de plus les étudiant-e-s en les laissant vivre dans des conditions qui sont scandaleuses.

Sources : 

https://www.letudiant.fr/lifestyle/precarite-etudiante-on-n-a-jamais-connu-une-telle-situation.html

https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2020/12/28/la-crise-sanitaire-pese-sur-la-sante-mentale-des-etudiants_6064613_4500055.html?_ga=2.129610124.1635249385.1610051369-717171613.1588593923

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