2016 À 2026 : CE QUE LE CPE NOUS APPRENDS SUR LA PLACE DES MOBILISATIONS ÉTUDIANTES DANS LA LUTTE DES CLASSES – PARTIE 2

Vingt ans après, la mobilisation de 2006 contre le Contrat Première Embauche (CPE)  demeure une référence pour toutes celles et ceux qui veulent comprendre comment lutter et gagner. Elle n’a pas seulement été un mouvement étudiant massif, elle a été une démonstration de force de notre camp tout entier. En liant les étudiants aux travailleurs, en assumant un rapport de force offensif et en construisant une mobilisation nationale combative, elle a arraché une victoire complète avec le retrait du CPE. Vingt ans plus tard, alors que les attaques contre l’enseignement supérieur et contre l’ensemble des travailleur.euse.s se multiplient, il est important de revenir sur les mobilisations entre 2016 et 2026 pour comprendre leurs enseignements, et savoir in fine comment oser lutter pour vaincre. 

Parcoursup : une jeunesse qui refuse la sélection 

La mise en place de Parcoursup marque une nouvelle étape dans les attaques contre l’accès à l’université. Face à la mise en place de la sélection à l’université et à la généralisation de la mise en concurrence, de nombreux étudiants se sont mobilisés, ont bloqué leurs facs, ont tenu des assemblées générales massives et ont contribué à politiser toute une génération. Ce mouvement a montré une capacité d’organisation, une détermination forte et un rejet des logiques de tri social imposées par le gouvernement, également à travers la loi ORE qui impose la sélection en licence et en master . Même s’il n’a pas abouti au retrait de la réforme, il a posé des bases pour les luttes à venir et permis à des milliers d’étudiants de faire l’expérience concrète de la mobilisation et du rapport de force. Cette mobilisation marque aussi un tournant : elle est l’un des premiers grands mouvements étudiants après la perte en vitesse de l’UNEF. L’absence de syndicats capables de structurer la mobilisation à l’échelle nationale, de lui donner une direction claire et de construire un rapport de force a pesé lourd. C’est ici que le lien avec le CPE est essentiel. En 2006, l’existence d’organisations capables de coordonner le mouvement et de construire une stratégie nationale avait été décisive dans la victoire. À l’inverse, dans la mobilisation contre Parcoursup, ce manque d’organisation a constitué un frein important. Pourtant, cette mobilisation révèle un potentiel immense : celui d’un mouvement étudiant capable de s’élargir. Si ce cap n’a pas été franchi, c’est précisément parce que les liens avec le monde du travail sont restés trop faibles. C’est en construisant cette alliance, en ancrant les mobilisations étudiantes dans une dynamique plus large aux côtés des travailleurs et de l’ensemble de notre camp, que de tels mouvements peuvent gagner en rapport de force et imposer des victoires.

Les Gilets Jaunes : une lutte globale contre la bourgeoisie

Le mouvement des Gilets Jaunes a marqué un basculement important, car ce mouvement remettait en cause le pouvoir politique bourgeois. Pendant des mois, des travailleurs précaires, des chômeurs, des retraités ont occupé les ronds-points, défié le pouvoir et tenu tête à la répression. Pourtant, dans cette mobilisation, les étudiants ont globalement été en retrait. Cette absence relative n’est pas anodine : elle révèle une difficulté persistante à se penser comme partie intégrante de la même classe que celles et ceux qui luttent pour vivre dignement et qui veulent renverser l’état bourgeois. Et pourtant, tout dans ce mouvement appelait à la convergence. Les questions de pouvoir d’achat, de dignité, de mépris de classe et de violences d’État sont aussi celles que vivent les étudiant.e.s, notamment les plus précaires. Ce mouvement aurait pu être celui d’un basculement, d’une alliance forte entre jeunesse et monde du travail. S’il ne l’a pas été pleinement, il nous laisse une leçon claire : lorsque notre classe se soulève, nous devons être au rendez-vous, nous unir et avoir le même but : vaincre ! 

La réforme des retraites : vers une convergence des luttes

C’est précisément ce qui a commencé à émerger lors du mouvement contre la réforme des retraites en 2023. Cette fois, les étudiants ont été plus nombreux à rejoindre les cortèges, à bloquer leurs universités et à agir aux côtés des travailleurs en allant sur les piquets de grève, les aidant à bloquer les usines… Cette convergence a redonné une force considérable au mouvement. Elle a montré concrètement que lorsque les étudiants et les travailleurs avancent ensemble, le pouvoir tremble. Si la réforme a finalement été imposée, notamment par le recours autoritaire aux institutions en la faisant passer en force via l’utilisation du 49.3, le mouvement a marqué toute une génération et a renforcé la conscience que nous faisons face à un même adversaire et que nos intérêts sont communs. Il a aussi révélé les limites des stratégies trop prudentes, incapables de transformer une mobilisation massive en un blocage réel de l’économie. Un exemple de ces limites a été la recherche d’une unité à tout prix. Si l’unité est importante, elle ne peut pas se faire au prix de la combativité. Cette stratégie a souvent conduit à freiner la mobilisation et à empêcher l’escalade nécessaire pour construire un véritable rapport de force. Ce qui a manqué c’est un syndicat fort, capable d’assumer une ligne offensive, sans se compromettre pour maintenir une unité de façade. Sans une telle direction, la combativité de la base s’est trouvée limitée. Mais loin de décourager, ce constat doit nous armer. Il montre que la clé n’est pas de se mobiliser moins, mais de se mobiliser plus fort, plus longtemps, et avec une stratégie claire de confrontation, en ayant pas peur d’utiliser tous les outils de luttes de notre classe que sont les blocages économiques et les occupations…

Budget 2025 : l’austérité au service de l’économie de guerre

Les attaques budgétaires de 2025 s’inscrivent dans cette continuité. Les coupes dans l’enseignement supérieur, la dégradation des conditions d’étude, la précarisation accrue de la jeunesse, la sélection qui s’accentue font partie d’une offensive globale contre l’ensemble des services publics et contre notre classe. Ce qui est en jeu dépasse largement les universités. C’est un choix de société qui est imposé, où tout est soumis à la logique du profit, y compris notre formation, notre avenir et nos conditions de vie. Ces politiques s’inscrivent aussi dans un contexte d’économie de guerre et de renforcement des logiques impérialistes. Les milliards qui manquent pour les universités, les hôpitaux ou les aides sociales sont redirigés vers les dépenses militaires et la défense des intérêts économiques de la bourgeoisie à l’échelle internationale. Ce sont toujours les mêmes priorités qui s’imposent : financer la guerre plutôt que l’éducation, soutenir les profits plutôt que les besoins sociaux. Face à cela, les mobilisations qui émergent montrent une chose essentielle : la colère est bien là, la volonté de lutter aussi. Ce qu’il reste à construire, c’est leur unification, leur coordination et leur capacité à peser, à la hauteur des attaques que nous subissons et pour cela nous devons nous coordonner nationalement. 

De la colère à la victoire : amplifions la lutte des classes 

C’est ici que l’héritage du CPE prend tout son sens. Ce que cette victoire nous enseigne, ce n’est pas simplement qu’il est possible de gagner, c’est comment gagner. Elle nous rappelle que les étudiants, seuls, ne constituent pas une force suffisante pour faire reculer le pouvoir, mais qu’ils doivent être une composante d’un mouvement plus large. Les étudiants ne sont pas une classe en soi. En ce sens, ils doivent se mettre au service de notre classe concrètement en participant aux luttes, en les renforçant et en contribuant à leur organisation. Assumer cela, c’est refuser l’entre-soi étudiant et les mobilisations isolées pour s’inscrire pleinement dans la lutte des classes. C’est aller vers les travailleurs, construire des actions communes, soutenir les grèves, participer aux blocages et faire grandir les luttes, car aucune avancée n’a jamais été obtenue sans rapport de force. Le CPE l’a montré : quand la jeunesse et les travailleur.euse.s se battent ensemble et bloquent le pays, ils gagnent !

Aujourd’hui, la lutte des classes ne recule pas, elle avance. Les attaques se multiplient, mais les résistances aussi. Les mobilisations récentes, des Gilets jaunes aux retraites en passant par les luttes étudiantes sont des étapes. Elles permettent d’accumuler de l’expérience, de renforcer les liens et de préparer les prochaines offensives de notre camp. La mobilisation septembriste en est une illustration concrète : des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues partout en France. Cette journée montre que la combativité est  là, que notre camp se mobilise largement et que la dynamique de lutte continue de se construire. Ces luttes que nous menons font trembler le gouvernement qui tente de réprimer les mouvements, mais cela ne fait qu’accentuer notre colère et notre détermination qui ne fléchira pas avant d’avoir gagné. 

Actuellement, nous devons lutter contre toutes les attaques menées sur nos campus, mais également s’inscrire dans la lutte des classes en luttant contre l’impérialisme. En effet, la bourgeoisie met en place une économie de guerre et nous devons lutter contre. Pour cela, nous devons lutter ensemble étudiants et travailleurs pour bloquer les usines d’armements, bloquer les ports ou il y a des envois d’armes, et construire un rapport de force important contre notre propre impérialisme. Ce système est en crise, alors luttons ensemble pour vaincre ! 

Cette tâche nous revient, alors saisissons-nous en et luttons jusqu’à la victoire ! 

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