La précarisation de la jeunesse est depuis longtemps au cœur des politiques de l’Etat. Elle est vue comme une partie de la population malléable, qui doit se plier en premier aux situations économiques : chômage, faible revenus, conditions d’emplois et de stage, etc. Et c’est là que Dominique de Villepin, alors premier ministre de Jacques Chirac, entame ses attaques pour l’emploi des jeunes avec la proposition de loi « sur l’Égalité des chances » qui comprend le Contrat Première Embauche (CPE), annoncé en janvier 2006.
Le CPE c’est la mise en place d’une période de « consolidation » de 2 ans pour les moins de 26 ans, qui permet donc aux patrons de rompre les contrats à tout moment et sans justification. Le CPE s’inscrit dans la loi sur l’Égalité des Chances. Cette loi, revient sur l’emploi de la jeunesse en permettant l’apprentissage dès 14 ans, le travail de nuit dès 15 ans et un « service civil volontaire », qui ne sera mis en place qu’en 2010 sous le nom de « service civique ». Les jeunes doivent travailler dès le plus jeune âge et quelles qu’en soient les conditions, en clair : la jeunesse est la chaire à canon du patronat.
Dès son annonce, la jeunesse se mobilise, et notamment les étudiants et les lycéens. En effet, cette loi ne promet qu’une précarisation encore plus forte de la jeunesse, qui ne pourra plus trouver de logement, plus faire de crédit mais surtout une jeunesse qui sera au service de son patron, qui pourra la licencier sans justification à la moindre grève ou mobilisation. En bref, faire de la jeunesse une population soumise aux volontés de la bourgeoisie ! Des assemblées générales sont organisées dans plusieurs facs que les étudiants rejoignent rapidement, comprenant l’ampleur de cette mesure. Le passage de la loi par 49-3 le 9 février 2006 ne stoppe pas les étudiants : au contraire, ils le savent, ils vont obtenir le retrait du CPE, et ne s’arrêteront pas avant !
La mobilisation est composée d’une grande partie des professions, des secteurs public comme privé et même des retraités. Pendant les pics de grèves, ce sont des écoles complètes qui sont fermées et 3 millions de manifestants dans les rues. Ainsi, les syndicats professionnels rejoignent eux aussi ce mouvement. Comme chaque mesure anti-sociale, c’est l’ensemble de la population qui est visée, par des mesures qui, à terme, atteindront les droits de tous. Travailleurs et étudiants se sont rejoints dans une mobilisation commune contre une attaque ciblée contre la jeunesse. Au-delà d’une mobilisation étudiante, c’est une lutte pour les intérêts du prolétariat, contre la bourgeoisie qui cherche à attaquer chacun de nos droits. Et c’est ce que les étudiants de 2006 ont compris : ils ont refusé de tomber dans un corporatisme étudiant en ne voyant que leurs intérêts et se sont liés à l’ensemble de la population qui se dressait contre cette mesure.
La mobilisation ne s’est pas contentée uniquement de manifestations et de blocages d’universités (jusqu’à 64 au pic de la mobilisation), au contraire. Durant les 3 mois de mobilisation, l’économie du pays a été touchée directement, par des actions combatives, menées par les étudiants et les travailleurs. Des usines d’Airbus ont été bloquées, des voies ferrées, des rocades, des autoroutes aussi, des Chambres de Commerces et de l’Industrie (CCI) ont été occupés, pendant plusieurs heures, des opérations péages gratuits ont été mises en place, etc. Les étudiants se sont mobilisés sur les campus, avec des occupations de facs pendant plusieurs mois, et des liens entre les assemblées générales partout en France, via la Coordination Nationale Étudiante (CNE). Des universités comme Caen avaient été occupées plusieurs semaines, et la Sorbonne pendant 3 jours, qui n’avait pas été occupée depuis mai 68. De manière générale, la mobilisation contre les CPE de 2006, est la plus grosse mobilisation étudiante qu’on connaisse depuis mai 68.
Au vu de la combativité du mouvement, la répression en face était élevée elle aussi : la police a barricadé la Sorbonne plusieurs semaines, pour empêcher les blocages et les occupations, plusieurs dizaines de personnes ont été en garde à vue et quelques personnes ont eu des poursuites judiciaires. Cette répression n’a pas affaibli la mobilisation, au contraire, elle a montré que la bourgeoisie tremblait, et réaffirmé que le chemin était le bon. Les masses étudiantes se sont battues jusqu’au bout contre cette loi véritablement précarisante, qui visait les prolétaires. Les étudiants et l’ensemble des personnes mobilisées ont poussé le gouvernement dans ses retranchements, jusqu’à lui arracher la victoire : le retrait du CPE !
Le 10 avril 2006, le premier ministre Dominique de Villepin est contraint de prendre position publiquement, à la télévision, et d’annoncer le retrait total de la loi sur l’Égalité des Chances, incluant le CPE. Le 12 avril 2006, les membres de l’UNEF, alors syndicat largement majoritaire dans les universités, sont reçus à Matignon par le directeur de cabinet de Villepin « Il nous dit : « Vous avez gagné et nous avons perdu.« . C’est une victoire immense pour les étudiants, et dont nous sommes les héritiers directs.
Aujourd’hui, les contradictions dans le monde s’intensifient, entre pays impérialistes et pays opprimés, et entre bourgeoisie et prolétariat. Les lois et attaques contre notre classe se multiplient, et en parallèle la réaction et la répression ne font qu’augmenter. Si les universités et les gouvernements tentent de réprimer chaque embryon de mobilisation, c’est pour une seule raison : ils ont peur non seulement des étudiants mais surtout de la jeunesse en lutte. Alors, ils mettent tout en place pour nous empêcher de nous mobiliser, de faire grossir nos mouvements. Mais le mouvement anti-CPE de 2006 nous montre qu’une seule voie est possible : nous n’obtenons de véritables victoires qu’en mobilisant largement, au-delà de nos universités, et en construisant un véritable rapport de force. La multiplicité des actions menées en 2006 le prouve : plusieurs secteurs économiques ont été bloqués jusqu’à ce qu’ils soient écoutés, et jusqu’au recul du gouvernement. Et nous le voyons chaque année, lorsque les mobilisations portent cette combativité, nous obtenons des victoires : occupations du CROUS pour loger des étudiants sans papiers, envahissements de conseils pour empêcher des coupures budgétaires, etc.
Notre rôle à nous, dans une époque où la répression augmente, les attaques envers notre classe aussi, est justement de porter cette combativité. À l’heure où la bourgeoisie à travers le MEDEF souhaite nous imposer la précarité par le SMIC Jeune plus bas que le SMIC ou la période d’essai de 3 ans, nous devons continuer le combat pour ne pas laisser passer ce CPE 2.0. Continuons de lutter en solidarité avec la résistance Palestinienne, avec les peuples en lutte contre l’oppression et l’exploitation partout dans le monde, continuons de porter la combativité dans nos mobilisations, pour chercher toujours plus loin les victoires : pas seulement contre des mesures réactionnaires, mais aussi pour de meilleures conditions de vie et d’études. Nous sommes les héritiers de la mobilisation contre le CPE, nous seront la flamme qui embrasera la plaine.


