La LPR : destruction et marchandisation de l’ESR

Depuis des dizaines d’années les gouvernements s’enchaînent et font tour à tour passer des mesures qui vont toutes dans un sens unique et prédéfini : celui de la libéralisation de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR). L’État se désinvestit petit à petit du financement de l’Enseignement Supérieur et la Recherche et c’est ainsi que le processus libéral opère. En procédant à la fusion ou au regroupement d’universités, on a diminué les budgets, créant ainsi un manque de moyen criant qui, associé à la multiplication d’appels à projet, pousse les universités à être en concurrence et à rechercher des partenariats dans le privé. Par la diminution progressive des budgets, les universités sont poussées à économiser en précarisant les emplois notamment et en les rendant eux-mêmes concurrentiels et instables. Les universités sont aussi amenées à devoir prioriser certaines filières et recherches dans un but de performance et de rentabilité pour répondre à des logiques de marché. Avec l’augmentation des frais d’inscription, on applique une sélection sociale à l’entrée de l’université qui n’est qu’un pas de plus vers l’université marchande. C’est donc tout autant de mesures qui se succèdent, et qui font toutes parties d’un même processus précis qui semble s’accélérer ces dernières années.

Quand sonne l’annonce d’une Loi de Programmation de la Recherche (LPR) et d’un réinvestissement dans celle-ci, le monde universitaire est en alerte – et à juste titre – au vu de ce qui se cache réellement derrière cette loi. Avec la LPR, le gouvernement poursuit bien évidemment sa lancée libérale. La recherche est d’autant plus mise au service des entreprises et de la bourgeoisie, par l’ouverture des projets à des partenariats et des financements privés. C’est aussi une recherche fondamentale censurée, qui ne sera presque plus financée, excepté lorsqu’elle portera sur des sujets dit « utiles », c’est à dire des recherches scientifiques, répondant à des logiques de performance (de quoi monter dans les classements internationaux) et de rentabilité : sont donc exclues de ce schéma les sciences humaines et sociales.

C’est aussi une précarité qui va s’intensifier avec la LPR, notamment avec la multiplication de contrats précaires, par exemple des CDD qui pourront durer jusqu’à 6 ans. Ces conditions précaires de vie et de travail vont impacter la qualité des enseignements et les enseignant-e-s seront mis en concurrence pour espérer obtenir un poste stable.

Les modalités de recrutement font également l’objet d’une réforme et dispose que chaque université pourra procéder au recrutement comme elle l’entend, ce qui se heurte à la procédure actuelle qui nécessite une validation par la Conseil National des Universités : qui « se prononce sur les mesures individuelles relatives à la qualification, au recrutement et à la carrière des professeurs des universités et des maîtres de conférences » et fixe notamment «les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs . Autant dire qu’avec cette mesure, la qualité des enseignements et la pédagogie nécessaire à enseigner à l’université vont considérablement se dégrader et il sera d’autant plus difficile de se faire embaucher si on est pas en bon terme avec les universités.

Cette loi renforce donc d’autant plus le schéma d’une Université française à deux vitesse, avec d’un côté les universités « d’excellence », qui cherchent la performance et la rentabilité (ouverte aux étudiant-e-s les plus aisés), et de l’autre les universités de proximité et populaires laissées pour compte, dont la qualité et le choix des enseignements vont diminuer et répondront finalement aux besoins du bassin économique local et des entreprises locales. La mise en concurrence et l’autonomie pédagogique pensés en lien avec des besoins de financements privés, la valeur du diplôme ne sera pas la même partout. Pour les facs “populaires”, un diplôme prévaudra dans une entreprise qui utilise un certain type de machine ou logiciel par exemple, et n’aura aucune valeur dans une autre entreprise ou région. La confusion connaissance / compétence et les financements privés n’offrent aucune garantie réellement émancipatrice et collective dans le modèle universitaire anglo-saxon mis ici en avant.

Enfin, un amendement largement commenté peu avant le vote de la loi vient encore mettre un coup de massue sur le milieu universitaire. Il dispose que « le fait de pénétrer ou de se maintenir dans l’enceinte de l’enseignement supérieur sans y être habilité […] ou y avoir été autorisé par les autorités compétentes, dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement » sera passible d’un an de prison et de 7 500€ d’amende et jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende. Cet amendement vient criminaliser les protestations et les mouvements universitaires alors que l’heure est à la contestation. C’est un amendement en parfaite harmonie avec le climat répressif en cours depuis un moment sur les universités. Prétextant dans un premier temps l’État d’urgence terroriste pour restreindre les libertés syndicales sur les facs, renforcé cette année par l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement multiplie les prétextes pour museler l’opposition populaire à sa politique. Avec cette loi qui fait écho à la loi de « sécurité globale », le gouvernement met à mal nos libertés fondamentales et nos droits fondamentaux par la mise en place de mesures fascistes dangereuses, dans les universités et en dehors.

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