100 ANS APRÈS LA FONDATION DE L’UFE, REPRENONS LE FLAMBEAU POUR L’ÉMANCIPATION DE NOTRE CLASSE

Le 14 juillet 2026, nous célébrons les 100 ans de la création de l’Union Fédérale des Étudiants (UFE), une organisation pré-syndicale qui lie le destin des étudiants à celui de l’ensemble de notre classe, objectif que nous partageons et revendiquons. L’UFE naît en 1926, à la veille d’une crise économique d’ampleur mondiale et pendant l’entre-deux-guerres, dans un contexte où l’université reste verrouillée aux enfants du prolétariat. Elle se développe ensuite dans un climat de réactionnarisation croissante, formant des cadres qui deviendront des acteurs majeurs de la résistance antifasciste.

Nous proposons ici un portrait de l’UFE, en tant qu’organisation qui prônait le rattachement des étudiants, à l’ensemble de notre classe, c’est-à-dire au prolétariat.

De la solidarité à l’organisation de masse 

L’UFE a pour objectif premier d’organiser la solidarité entre étudiants, afin d’assurer “la défense de leurs intérêts immédiats et futurs, collectifs et individuels, matériels et moraux” (L’Étudiant, 3 février 1929). Cet objectif prend corps concrètement à Paris, où l’UFE conquiert ses propres locaux : bibliothèque, salle de lecture de la presse, salle de travail, salles de réunion, conférences. L’UFE ne se contente pas de discours : elle construit des outils pour former et organiser la classe.

Cette organisation mène ses luttes au sein des universités à travers différentes unions générales. Citons l’Union générale des étudiants en médecine, pharmacie et chirurgie dentaire (UGEMPCD), dirigée jusqu’au début des années 30 par une grande figure de la résistance, Danielle Casanova ; ou encore l’Union générale des étudiants pour l’enseignement (UGEPE), qui comptait le plus d’adhérents et qui rassemblait des milliers d’étudiants à travers tout le pays. L’UFE tisse aussi des liens avec les lycéens, organisés au sein des Jeunesses Syndicalistes Scolaires (JSS), qui multiplient, surtout en région parisienne, actions d’agitation et formations politiques, avec le soutien de la direction nationale de l’UFE.

Un même ennemi : racisme et impérialisme 

L’UFE combat également le racisme et l’impérialisme de son époque, en luttant pour et avec les étudiants étrangers, organisés au sein de ses sections selon leur origine nationale ou leur langue (groupes arabes, hispaniques, etc.). L’UFE développe une analyse limpide : ce ne sont pas les étudiants étrangers qui coûtent à la société, mais bien la bourgeoisie, qui exploite le prolétariat et tire les niveaux de vie vers le bas. La xénophobie et le racisme ne sont que des outils pour diviser notre classe et l’empêcher de s’organiser autour de ses intérêts communs. La réactionnarisation des années 30 résonne fortement avec notre époque : les étudiants étrangers connaissaient alors une grande précarité, tout comme aujourd’hui où la loi Bienvenue en France et le décret Baptiste, entre autres, attaquent leur droit à étudier en augmentant considérablement leurs frais d’inscription.

Ce soutien aux étudiants étrangers découle d’une ligne politique résolument anti-impérialiste : l’UFE adhère aux Jeunesses Anti-impérialistes, organe de la Ligue contre l’impérialisme et l’oppression coloniale, elle-même soutenue par l’Internationale communiste. Ce constat reste d’une brûlante actualité : les attaques contre les étudiants étrangers et le renforcement de l’impérialisme français ne sont que les deux faces d’une même pièce. Le projet Bienvenue en France opère un tri raciste sur le sol français, tout en finançant, grâce à des fonds locaux, la construction d’établissements français à l’étranger, notamment dans les anciennes colonies ou colonies départementalisées, dans une logique d’exportation de l’enseignement supérieur français à l’international.

En 1929, l’UFE affiche un dernier objectif, essentiel pour comprendre sa conception des luttes étudiantes : préparer ses adhérents au syndicalisme des travailleurs, en collaboration avec les syndicats déjà existants. Le message est clair : le syndicalisme étudiant n’est pas une fin en soi, mais un moment formateur pour les futurs cadres du mouvement communiste. Cette ligne découle des liens organiques entre l’UFE et la CGTU, liens si forts que l’USTICA (Union syndicale des techniciens de l’industrie, du commerce et de l’agriculture) se fond dans l’UFE dès son deuxième congrès, en 1926 ! On mesure ici le refus du corporatisme : pas question de défendre les seuls intérêts étudiants au détriment de ceux des travailleurs.

Les militants de L’UFE au coeur des lutte antifascistes

L’UFE a toujours été antifasciste, comme le montre la création de groupes de défense antifasciste, dont l’objectif est de nouer une alliance avec les organisations ouvrières pour mener cette lutte conjointement. Ce travail de terrain est attesté par le témoignage de Pierre Hervé dans L’Étincelle du 12 février 1950 : les étudiants antifascistes de l’UFE n’interrompent à aucun moment leur activité publique et ne se laissent nullement intimider. La lutte antifasciste n’a jamais été une lutte purement intellectuelle : c’est une lutte de classe. Face à la montée du fascisme, les militants de l’UFE n’hésitent pas à chasser physiquement les éléments fascistes de la Sorbonne. En 1940, alors que la quasi-totalité des organisations étudiantes et communistes sont dissoutes, les militants de l’ex-UFE ne cessent pas la lutte : ils rejoignent la résistance, notamment au sein des Brigades de jeunesse et des Francs-tireurs et partisans (FTP).

Cette leçon reste la nôtre aujourd’hui : la montée du fascisme doit être combattue sur le terrain, avec les masses, celles qui ont le plus d’intérêt à le vaincre. Car le fascisme n’est pas seulement l’expression d’une volonté idéologique réactionnaire : c’est la stratégie que la bourgeoisie déploie lorsqu’elle se sent menacée et que la démocratie libérale ne suffit plus à ses yeux. L’organisation de notre classe est donc la clé pour le combattre. N’ayons crainte : si la bourgeoisie se sent menacée, c’est qu’elle sait qu’elle court à sa perte, et que nous vaincrons !

Ils sont devenus des Héros

Parmi les membres de l’UFE, plusieurs figures incarnent cet engagement total :

  • Danielle Casanova, responsable d’une des sections de l’UFE et fondatrice de l’Union des jeunes filles de France, est une figure majeure de la résistance et de la lutte antifasciste, ou elle n’hésite pas à prendre les armes
  • Max Barel, l’un des premiers à refuser de prêter serment à Pétain, met ses connaissances en armement au service de la lutte : fabrication de matériel de sabotage et organisation de sabotages industriels. Commandant des FTP, il meurt sous la torture, infligée par Klaus Barbie, en 1944.
  • Joseph Epstein, dit « Colonel Gilles », jeune communiste juif polonais contraint de fuir son pays pour son engagement, trouve refuge en France où il rejoint l’UFE. Il combat en Espagne, puis dirige les FTP-MOI d’Île-de-France et le groupe Manouchian.

L’UFE a formé nombre de militants prêts à défendre leur classe et à lutter par tous les moyens nécessaires. Ces héros doivent continuer à nous inspirer aujourd’hui. 

100 ans de lutte, un même combat :

En janvier 1934, l’UFE affirmait déjà son ancrage de classe : porter les luttes étudiantes au service du prolétariat, de la lutte anti-impérialiste et de toutes les formes de résistance. De ces années de combat, nous tirons une leçon simple : nos luttes d’étudiants n’ont de sens que mises au service de notre classe.

Les organisations syndicales étudiantes ne sont fortes que si elles s’attellent à rattacher les étudiants à la classe. La lutte des étudiants doit toujours avancer main dans la main avec celle des travailleurs et de toute notre classe, pour mener ensemble à la victoire. Les combats et l’engagement des militants de l’UFE ne sont pas de simples souvenirs : ce sont des exemples qui doivent nous pousser à porter nos luttes encore plus loin, en nous inspirant des expériences des héros du prolétariat.

Hier comme aujourd’hui, une même conviction nous anime : luttons pour l’ensemble de notre classe. Ce qu’ils ont commencé, nous le mènerons à la victoire. Cent ans après l’UFE, leur combat continue à travers nous ! 

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