Violences sexistes et sexuelles : une gestion complice dans l’enseignement supérieur

Nous n’avons pas de compassion et ne vous en demandons aucune

Les violences sexistes et sexuelles, souvent traitées uniquement sur le plan traumatique, psychologique ou moral, sont une question politique. Le lieu qui accueille généreusement le bourreau ne laisse pas d’invitation pour la victime – les formations complices d’agressions ferment leurs portes à toutes les femmes et personnes LGBTI.

Dans nos lieux de formation, les politiques de gestion des violences liées au genre ne sont pas à la hauteur des faits. Gérant, dans le meilleur des cas, les témoignages comme des questions purement inter-individuelles et émotionnelles, quelques universités proposent des dispositifs d’accompagnement psychologiques ou sociaux des victimes que nous saluons. Mais aucune ne semble vraiment avoir une politique d’exclusion du danger, des accusé-e-s. Or, ce que nous vous demandons n’est pas « d’entendre » notre colère : nous vous demandons de nous protéger. Les victimes, les femmes et personnes LGBTI, n’ont que faire de votre écoute. Ce qu’elles veulent, c’est le rapport de force. Elles vous demandent de pouvoir mener leurs formations en paix. Elles vous demandent d’exclure les professeur-e-s qui agressent.

Un #metoo fac entamé il y a des années

« Scylla, une amie également doctorante, s’est suicidée. Elle a écrit avoir commis ce geste car elle était aussi harcelée par ce même professeur. Un mois plus tard, j’ai décidé d’envoyer un mail à mes anciens collègues. Mail que j’ai ensuite rendu public sur mes réseaux sociaux pour que ce genre de chose n’arrive plus jamais. »

Ces mots, ce sont ceux de Camille Zimmermann, une ancienne doctorante à l’université de Lorraine qui accuse depuis 2020 son désormais ex-chargé de recherche, Christian Chelebourg. Une affaire banale à l’encontre de l’ex directeur du département d’études culturelles de Nancy: nombreux témoins mais classement sans suite par la justice. Pour autant, l’année suivant les accusations, c’est bien l’ensemble de l’administration des formations proposées par le département qui sera remaniée, écartant les professeurs ayant soutenu Camille Zimmerman des postes à responsabilité…

Si les faits rapportés par les victimes sont trop peu rares, le courage du témoignage n’en était pas moins remarquable. Il lança une campagne de médiatisation des cas de violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur, dont l’un des très bon relais est le film « Dans le silence des amphis ». Mais ces voix ne s’élevèrent pas sans contraintes, et aujourd’hui encore, la répression orchestrée par les administrations des lieux de formations et l’appareil policier bride la parole des étudiant-e-s et personnels victimes.

à l’Université de Lorraine

L’Université de Lorraine, coutumière de l’ingérence et de la silentiation des victimes, ne s’est pas arrêtée en si bon train. Au campus du Saulcy à Metz, L.Muller, prof de psychologie, a été visé par plusieurs accusations d’étudiantes pour harcèlement sexuel puis viol. Ayant reconnu avoir eu une liaison avec une de ses étudiante, qui elle parlerait de relation sexuelle non consentie (selon la commission disciplinaire ayant géré l’affaire), il n’a écopé au final que d’un simple abaissement d’échelon. Le rapporteur de la décision était Hélène Boulanger, désormais Présidente de l’Université de Lorraine.

Découvrant l’affaire en 2022 alors que Muller est réintégré, les étudiant-e-s ne tardent pas à se mobiliser contre le professeur accusé. Elles et ils s’organisent en assemblée générale dans l’amphi ou ses cours doivent avoir lieu, jusqu’à l’occuper, puis mettent en place un boycott de ses cours.

Mais peu à peu l’université de Lorraine met en place une répression active vis à vis des étudiant-e-s qui osent dénoncer la réintégration de Muller. Par le même temps, Muller dépose une plainte contre X pour harcèlement, et l’université de Lorraine menace la FSE Metz de plainte pour diffamation si elle ne supprime pas les postes sur ses réseaux sociaux concernant l’affaire. Finalement, en avril 2023, la responsable de la FSE Metz de l’époque est convoquée au commissariat de police de Metz dans le cadre d’une enquête pour harcèlement à l’encontre de Muller.

à Bordeaux Montaigne et au CNESER

A l’université de Bordeaux Montaigne, la rentrée 2023 débute quant à elle par la fin de la mise à pied d’un maître de conférence en archéologie, évincé depuis 2022 au motif d’accusation de violences sexistes et sexuelles.

Peu de temps après, c’est la médiatisation des accusations de la philosophe Barbara Stiegler à l’encontre d’un confrère qui viennent mettre en exergue l’inaction de l’administration bordelaise. Celle-ci met près d’un an à ouvrir une enquête après le dépôt d’une main courante par la victime à l’automne 2021. Par ailleurs, la lettre de saisine de la commission disciplinaire chargée de l’affaire ne mentionne aucun autre fait que les accusations de Barbara Stiegler, invisibilisant les violences rapportées par une dizaine d’étudiantes. Celles-ci ne sont pas traitées. L’accusé est un ancien vice-président de l’Université de Bordeaux Montaigne, et la cellule de veille saisie dès décembre 2021 par Stiegler, est nommée par la Présidence. Les violeurs sont du côté des puissants, mais nous sommes du côté de celles qui se battent.

Si les deux affaires ont pu être mises en liens, et les victimes gagner en soutiens, c’est grâce au travail communs des organisations bordelaises, notamment de la FSE pour le relais avec les étudiant-e-s d’archéologie et le Planning Familial Gironde pour l’affaire visant un philosophe.

Changer les choses qu’on ne peut accepter

Face à l’impunité, médiatisation, appels aux boycott, agitation et manifestation sont autant de modes d’actions que la FSE revendique pour mettre en déroute les agresseurs et les instances qui les protègent. Nous apportons notre soutien inconditionnel aux victimes, et déplorons qu’on les vide trop souvent de leurs forces en les résumant aux martyrs d’un système sclérosé, et rien d’autre. Ce système nous l’avons combattu et nous le combattront.

L’influence des violences sexistes et sexuelles sur l’organisation économique, politique de la société dépasse le déroulement effectif de ces violences. Elles sont un symbole : la simple possibilité du viol, tout comme l’impossibilité théorique de s’en défendre, suffisent à soumettre les femmes et personnes LGBTI. C’est pour cela que nous ne reglons pas simplement un litife entre bourreau et victime quand nous excluons. Une affaire de VSS, dans une université, concerne tout le monde.

Le viol n’est pas un comportement marginal, ni l’enfant galleux d’une société qui l’aurait engendré par erreur ou dérive. Il est ce qui maintient cette société, et ce qui lui permet d’exister comme telle. A ce titre, nous chercons juste à protéger nos formations de la possibilité de l’agression, possibilité qui sert une état de faire réactionnaire et entretiant des comportements de dominants comme de dominée-e-s. Leur inaction est notre discrimination. C’est pourquoi cet article n’est pas une pornographie de nos traumatisme et de l’injustice qui nous soumet, mais un appel à la réovlte.

Contre les violences sexuelles, choisissons le courage et l’espoir. Choisissons la solidarité et la lutte !

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