Le Kenya traverse une crise sociale majeure depuis plusieurs années. Dans le contexte de l’agression impérialiste menée par les États-Unis contre l’Iran, les prix des carburants ont explosé. Pour un pays très dépendant des importations de pétrole venant des pays du Golfe, cette hausse a eu des conséquences immédiates sur toute l’économie. En 2024, les importations dépassaient les exportations d’environ 7 milliards de dollars. Cette dépendance énergétique fragilise profondément le pays face aux hausses du prix du pétrole souvent pilotées par les monopoles des centres impérialistes, notamment français comme Total. Cette crise s’inscrit dans un cadre plus large de restructuration économique imposée par le FMI et la Banque mondiale (chantage au gouvernement kenyan visant à mater les révoltes plus vite encore sous peine de supprimer des aides financières au développement), instruments des puissances impérialistes, qui aggravent la dépendance du Kenya vis-à-vis des ces dernières, et notamment des Etats-Unis, qui prennent une place de plus en plus grande en Afrique de l’Est. L’Autorité de régulation de l’énergie et du pétrole du Kenya a décrété une hausse d’environ 20 % du prix de l’essence et de 46 % pour le diesel : c’est le peuple kényan qui paye la crise.
D’un autre côté, l’âge médian au Kenya est d’environ 20 ans, contre 40 ans en France. Cette jeunesse ouvrière entend développer des formes de luttes nouvelles et combatives, notamment via la mobilisation des conducteurs de Matatus et de Bodas-Bodas avec l’apparition de cortèges motorisés visant à bloquer la circulation, et donc l’économie.
C’est dans ce contexte qu’éclate, le lundi 18 mai, une grève des transports dans les principales villes du pays. Nairobi, Mombasa, Kisumu, Nakuru ou encore Eldoret sont touchées. Le mouvement paralyse rapidement l’activité économique nationale. Les entreprises dépendantes de ces transports se retrouvent à l’arrêt. Le mouvement est marqué par une forte unité de classe. Le mouvement se caractérise par une large unité entre différentes fractions du prolétariat kényan : employés des transports publics, transporteurs routiers, VTC, travailleurs de la logistique, livreurs mais aussi étudiants, jeunes précaires et habitants des quartiers populaires mobilisés contre l’explosion du coût de la vie. Le mouvement tend ainsi à dépasser les divisions corporatistes habituelles en unifiant plusieurs secteurs du prolétariat autour de revendications communes contre la vie chère et les ingérences impérialistes.
Face à cette combativité, le gouvernement répond par une répression extrêmement violente. La police utilise massivement des gaz lacrymogènes, procède à des arrestations de masse et tire à balles réelles sur la foule. Au moins neuf personnes sont assassinées, dont un cadre du Parti Communiste Marxiste du Kenya (CPMK).
Le 20 mai, le gouvernement et les directions syndicales annoncent une suspension de la grève afin d’ouvrir des négociations. Cependant, beaucoup soupçonnent les dirigeants syndicaux d’être corrompus et d’avoir accepté un accord défavorable aux travailleurs. Le gouvernement a certes accepté une baisse du prix du diesel, mais en parallèle a augmenté le prix du kérosène, largement utilisé dans les foyers kényans. Les mouvements de grève et les mobilisations continuent dans plusieurs régions du pays.
Cette mobilisation n’est pas isolée et s’inscrit dans une dynamique de lutte contre l’impérialisme installée au Kenya depuis plusieurs années, notamment en 2024 contre la loi de finance, prévoyant des hausses de prix et d’impôts. Rien que quelques jours avant le début de la grève, les 11 et 12 mai, Nairobi accueillait le sommet « Africa Forward », présenté comme un sommet « Afrique-France », pour ne pas dire « Françafrique ». Trente chefs d’État et plus de 1 500 dirigeants d’entreprises y participaient.
Un contre-sommet à cet évènement colonial avait été organisé par des organisations anti-impérialistes nationales et internationales, auquel a répondu le gouvernement corrompu kényan par une répression extrêmement féroce ! Violences policières ; tirs de sommation à balles réelles et enfermement de 14 camarades pendant près de trois jours, principalement du CPMK mais également des camarades internationaux, dont un camarade français de l’Organisation de Solidarité Trans.
Face à son recul militaire et politique en Afrique de l’Ouest et pour faire concurrence aux puissances impérialistes qui y trouvent un intérêt, l’État français cherche à renforcer sa domination économique dans des pays d’Afrique ne faisant pas partie de ses anciennes colonies et où son influence historique y est moindre, comme le Kenya. Alors qu’il y avait une trentaine d’entreprises françaises présentes au Kenya il y a quinze ans, il y en a aujourd’hui plus de cent quarante !
Cette présence croissante des entreprises et monopoles français repose sur l’exploitation d’une main-d’œuvre jeune et peu chère ainsi que sur le pillage des ressources, l’accaparement des terres agricoles aux paysans kényans et le contrôle des infrastructures stratégiques. L’économie kényane est ainsi contrôlée par les capitalistes étrangers venus de pays impérialistes, se livrant une véritable guerre d’influence, menée entre autres par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, ou encore la France.
Le Kenya devient aujourd’hui un point brûlant de la lutte anti-impérialiste. La jeunesse kényane est particulièrement combative et capable de dépasser certaines divisions internes, notamment par l’alliance des travailleurs et des paysans dans la lutte pour la libération de l’exploitation impérialiste. De l’autre côté, le gouvernement kényan agit au service des intérêts impérialistes et répond aux mobilisations populaires par la répression, les arrestations et les assassinats politiques. Leur objectif est clair : réprimer là où la révolte est la plus forte, la plus organisée et la plus inspirante pour les autres peuples.
La FSE affirme son soutien aux luttes en cours au Kenya, aux travailleurs, aux paysans et aux étudiants mobilisés ainsi qu’aux organisations révolutionnaires qui subissent aujourd’hui encore la répression.
En tant que syndicat anti-impérialiste se trouvant au cœur du centre impérialiste qu’est la France, notre tâche est d’affaiblir l’impérialisme français de l’intérieur, en combattant les intérêts économiques, militaires et politiques de celui-ci afin de soutenir les luttes des peuples face à sa voracité.
À bas l’impérialisme français rapace !
À bas la Françafrique !
Vive la lutte du peuple kényan !
Soutien aux camarades réprimés !
Gloire aux camarades kényans tombés pour une Afrique libre !


